Voilà une liste de propositions pour accroître l’éloquence de l’apprenti fayot, et qui lui permettra de se faire bien voir.
Ôter délibérément des articles pour conceptualiser des idées anodines. Préférer « l’agenda européen s’est consolidé sous présidence française » à « l’agenda européen s’est consolidé sous la/une présidence française ».
Quand on s’adresse à quelqu’un, compléter ses mots par une manière de désigner la personne. Exemple : “Merci Thierry”, “Bonjour monsieur/madame”, “Naturellement, cher ami”.
Narrer des aventures passées à l’aide de phrases au présent, pour en rendre le récit plus fluide et vivant.
“j’ai tout mon temps”, “je suis en vacances, prenez votre temps”, “je peux patienter, allez-y madame”. Personne n’aime attendre, mais le fayot saura feindre d’y être indifférent. Savoir se montrer patient donne une impression de sérénité.
Laisser son téléphone hors champ. Vous n’êtes personne dont le monde a besoin urgemment pour tourner. Vous vous voilez face si vous pensez le contraire.
Prendre des initiatives (choix du restaurant, timings, décisions mineures diverses). L’autre aime se laisser guider, surtout si c’est un homme.
Oser le clin d’oeil malicieux. Cela permet la création instantanée d’un espace privé dont seul le récepteur a le secret.
Ne reprendre l’autre sur ses fautes et erreurs (conjugaison, accords, tournures…) que s’il appartient à la même classe sociale que soi. Attention au mépris de classe qui n’est jamais souhaitable mais pourtant si vite arrivé ! Dans tous les cas, si les fautes voient leur occurrence s’envoler, ne pas interrompre continuellement l’autre pour le corriger : lâcher prise.
Penser à contacter ses proches à des moments où l’on en a pas besoin. Ils méritent des attentions gratuites.
Ne jamais arriver en retard quand on se retrouve à l’extérieur (ou prévenir de son retard asap en cas de force majeure).
Ne jamais arriver en avance quand on est invité chez des gens. Sillonner les rues alentours pour faire passer le temps en cas de besoin.
Parler à volume modéré. Endurer les cris d’une bête donne des envies de meurtre. La perspective de devoir faire répéter chaque phrase que cette même bête susurrerait la rend pareillement détestable.
Mentir sur ses sources et les faire passer pour plus nobles qu’elles ne sont. Si on a appris une info sur C8 avachi dans un canapé tâché de gras, dire plutôt “j’ai lu récemment que…”.
Toujours rebondir sur ce que dit l’interlocuteur, préparer des questions pendant qu’il parle. L’autre ne perd jamais une occasion de trouver des oreilles attentives prêtes à entendre ses histoires, aussi fades soient-elles. N’essayer en aucun cas de parler de soi en rétorquant, car il s’en trouverait agacé. Un lot de questions qui s’applique à beaucoup de récits : “Comment tu te sens vis-à-vis de ça ?” “À quoi ressemble une journée type ?” “Quelles sont les prochaines étapes ?”
Invoquer les grandes figures de l’histoire au présent : “Platon dit que…”, “Kant déteste…”
Remplacer des expressions du quotidien par leur équivalent en latin comme si de rien n’était. Exemple : in fine (finalement), ab initio (depuis le début), ab ovo (depuis l’oeuf), qui bono (à quoi bon?), de facto (de fait)…
Employer des verbes précis et variés, et bannir les verbes “faire”, “avoir” et “être”. S’aider de dictionnaires de synonymes au début.
Dire “cela” plutôt que “ça” (prononcer “sla”).
S’habituer à bien parler plutôt que de se prêter à l’exercice uniquement quand on veut briller car il faut s’accoutumer à toutes ces règles, se sentir à l’aise avec ses nouveaux copains mots. Il ne s’agit pas de feindre de bien parler, mais de le faire, en effet.
Éviter de dire “nous” au lieu de “on” et “car” au lieu de “parce que”. C’est caricatural.
Abuser éhontément des expressions vieillies. Exemples : “c’est fort de café !”, “à la va-comme-je-te-pousse”, “au diable”… Des exemples de haute voltige se trouvent en Section le génie humain.
Assumer les bigoteries. Les gens aiment ceux qui les flattent, c’est immédiat, spontané et universel. Dites à la personne face à vous que vous aimez ses godasses.
Laisser de la place au doute. Même (surtout?) quand on est sûr, dire plutôt “je pense”, “je crois”, “je suppose”, “sans doute”, “plutôt”. On a l’air plus sage.
Ne pas lésiner sur les liaisons forcées. « il esT **pause** primordial de réfléchir ce problème sous cet angle ».
S’efforcer, autant que possible, à n’intervenir dans la conversation que pour la faire avancer ou pour lancer une blague. Une fois la parole acquise, faire concis. Les interventions doivent être rares et brillantes.
Laisser sonner des silences (blancs) dans la phrase en cours, pour alourdir son sens et faire mine de peser ses mots.
| À bannir | Remplacement |
|---|---|
| malgré le fait que | bien que |
| heeuuuuuu | et bieeeeen |
| putain ! | bon sang ! |
| à la base / de base | initialement / à l’origine |
Ne snober personne et se rendre accessible. On a la grosse tête mais on ne le montre pas.
Ne pas partager l’addition : inviter ou se faire inviter. Mais partager l’addition est d’un vulgaire déconcertant.
